Le basketball béninois confronté à ses défis au championnat d’Afrique FIBA U18 garçons 2022

Cinq ans après avoir écrit sur les résultats peu flatteurs des basketteurs U18 du Bénin à Kigali en 2016, j’ai une fois de plus regardé avec tristesse les performances très similaires des jeunes basketteurs béninois au championnat d’Afrique à Madagascar.

Madagascar 2022 Rwanda 2016
Rep. du Bénin 39 94 Sénégal Rep. du Bénin 25 141 Egypt
Rep. du Bénin 41 102 Madagascar Rep. du Bénin 29 127 Angola
Rep. du Bénin 50 85 Algérie Rep. du Bénin 33 86 Tunisie
Rep. du Bénin 46 106 Mali Rep. du Bénin 57 83 Uganda
Rep. du Bénin 61 95 Guinee Rep. du Bénin 65 120 RDC
Rep. du Bénin 50 90 Algérie Rep. du Bénin 57 74 Gabon

Une fois de plus la vaillance et combativité de ces jeunes basketteurs n’ont pas compensé les manques techniques et tactiques. Mon vécu d’ancien joueur international du Bénin, d’entraîneur de basket en Belgique, d’enseignant/chercheur en management du sport me suggère que les résultats sont avant tout les symptômes des carences qui gangrènent le basket béninois, toutes générations confondues, depuis des décennies.

Le basket béninois a participé à peu de compétitions continentales de jeunes dans son histoire et n’offre pas de bons repères d’évaluation dans le temps. Les jeunes U18 et leurs performances à Kigali en 2017 et à Madagascar en 2022 nous ont révélé par contre le fossé tactique considérable séparant le basket des jeunes béninois de celui des autres pays présents à la compétition. Sur le plan tactique, je constate une absence de fondamentaux que les jeunes joueurs auraient dû acquérir par un encadrement adéquat sur la durée.  Les systèmes de formation des jeunes sont soit terriblement défaillants, mal planifiés ou simplement inexistants.

L’amateurisme des structures de gouvernance et le manque de moyens sont souvent évoqués pour expliquer les déficiences de notre sport. C’est indéniable que le basketball béninois a manqué cruellement de finances, mais comment attirer les finances si le produit laisse à désirer. Mais les réformes du financement du sport au Bénin ont aujourd’hui mis beaucoup plus de moyens à la disposition du basketball.   Certains observateurs et nous les « anciens » mettons en question l’investissement et l’engagement des jeunes générations dans la pratique du sport. Mais, le développement d’une discipline sportive, en plus de la simple passion et la bonne volonté, exige l’acquisition sur la durée de compétences techniques et tactiques. Un sportif compétitif dépend avant tout de la qualité des encadreurs et des structures de formation et de compétitions, surtout dans les toutes petites catégories. Il n’y a pas de raccourcis.

Être un entraîneur compétent, qui plus est, un bon formateur relève d’un savoir-faire qui s’acquiert par des formations solides et continues, et une expérience qui s’acquière par la pratique des entrainements et la gestion régulière de matchs et compétitions. Le Bénin ne peut rêver d’un basketball performant, en faisant l’économie de la mise en place de structures de formation sérieuse de ses encadreurs. Plusieurs terrains ont été construits récemment et si ce travail de formation n’est pas accompli, les terrains n’auraient pas servi la discipline et la population. Qui irait voir des matchs de basket de piètre qualité ? Quelle jeune fille ou jeune homme serait intéressé ?

L’une des priorités pour un système basketball performant serait de mettre sur pied une « école de formation » des entraineurs. Établir une formation institutionnalisée des encadreurs pour tous les niveaux d’apprentissage et catégories d’âge est indispensable. Peut-être faudrait-il former des enseignants et leur donner une petite rémunération. Autrement, les entraineurs des clubs qui sont en grande majorité bénévoles et très volontaires ont peu d’opportunités pour se former et de se mettre à jour aux méthodes d’entrainement et aux multiples aspects techniques et tactiques du basketball.

Pour être plus performant, le basketball béninois ne pourra se passer d’une structure de formation de ses cadres techniques et d’une planification articulée de la formation. Il n’est nullement question ici de former des entraîneurs de NBA, mais des entraîneurs de jeunes qui peuvent enseigner les fondamentaux que sont le dribble, la passe, le shoot et les fondamentaux collectifs que sont les espaces, le jeu sans ballon, la contre-attaque et autres. La mise en place de systèmes de formation qui n’attendent pas le passage de la FIBA et n’en dépendent pas exclusivement est donc indispensable.

Des compétitions régulières dans les petites catégories et sur tout l’étendue du territoire national sont également nécessaires pour les entraineurs et les jeunes en formation. Avoir des équipes de jeunes dans tout le pays est aussi nécessaires pour intéresser les jeunes de grande taille. De petite ou grande taille, chaque basketteur doit posséder les fondamentaux, et doit savoir jouer.

Avant tout il faudra surtout une vision à moyen et long terme, beaucoup de clarté en ce qui concerne les priorités, et un engagement sans relâche sur la durée aussi pour parvenir à une formation de qualité. Cela exigera réflexion, planification, créativité, et une bonne distribution des rares ressources financières. Mais il est évident que la fédération n’a certes pas de grands moyens humains et techniques.

Les structures comme le sport scolaire, et l’INJEPS sont des espaces stables qui pourraient être associés dans une stratégie de formation et de pratique du basket à l’échelle nationale. Il est également important de mettre à contribution les nombreuses compétences humaines du basketball béninois. En effet, le basketball béninois est pourvu de cadres de qualité et de générations d’anciens joueurs qui ont acquis des compétences et une pratique éprouvée de l’entrainement, de la formation et de l’administration du sport sur place et à l’étranger.

Les résultats de nos jeunes basketteurs à Kigali puis à Madagascar nous interpellent et nous incitent à relever un défi. La capacité à élaborer des programmes de développement du basket d’abord endogène avec des formations continues d’entraineurs et des compétitions a échelle nationale pour les jeunes devrait devenir une des priorités des gouvernants du basketball. Ce n’est pas un défi impossible du tout mais il est surmontable à condition d’y croire avec une vision, de mobiliser les acteurs et parties prenantes, et s’appuyer sur notre intelligence collective qui est souvent ignorée. Cette intelligence est nécessaire et indispensable, même pour faire la politique de nos moyens. Nos « moyens » sont avant tout nos compétences, expériences, nos savoirs, et notre capacité à réfléchir et agir ensemble pour notre cause commune, le basketball béninois et nos jeunes filles et garçons.

Gerard A. Akindes