Le Bénin au Championnat d’Afrique FIBA U18 garçons : une participation révélatrice

Le Bénin au Championnat d’Afrique FIBA U18 garçons : Une Participation Révélatrice

J’ai  regardé  avec beaucoup de tristesse la débâcle des jeunes basketteurs béninois de l’équipe U18 contre l’Angola et la Tunisie. Nos jeunes joueurs en dépit de leur vaillance et combativité sont tombés sur bien plus forts qu’eux. C’est normal, ils ont perdu devant la plus grande nation du basket africain du moment, l’Angola, et probablement l’une des équipes favorites du tournoi.  De la perspective de citoyen béninois les performances de l’équipe sont décevantes car l’on souhaite être du côté des gagnants et afficher une fierté que seul le sport sait faire rejaillir. Mais de  mon œil critique d’ancien joueur, d’entraîneur de  basket, et d’administrateur du sport, la défaite résonne différemment. Elle étale les limites de tout le basket béninois, toutes générations  confondues et les insuffisances  du sport béninois dans son ensemble.

Le basket béninois a participé et organisé peu de compétitions continentales ou régionales dans son histoire. Sans jamais vraiment  briller, il a toujours  obtenu des résultats plutôt respectables ou acceptables si l’on considère l’histoire du basket dans le pays. Mais en regardant nos jeunes U 18 et leur performance à Kigali, force est de constater que l’on a un réel  problème de formation de nos jeunes joueurs. Sans remettre en question l’entraîneur ou le staff technique qui les accompagnent, on constate que l’équipe n’est pas à la hauteur de ses adversaires. Sous un angle purement technique, les joueurs manquent cruellement de fondamentaux techniques individuels et de base tactiques aussi bien offensives que défensives. Aucun sélectionneur quel qu’il soit, ne peut corriger ces lacunes chez une équipe regroupée  seulement   un court  moment pour un tournoi continental. L’argument du manque de cohésion dû  peut être  à  une préparation courte et insuffisante peut être évoqué. Si tel est le cas, il faut le relever mais il faut reconnaître que les lacunes observées sont des symptômes d’un mal plus  profond  qu’une mauvaise préparation. Sachant que les équipes nationales ne travaillent pas comme un club sur une  longue période, une équipe nationale peu performante est le résultat dans beaucoup de cas de joueurs peu performants. Des joueurs peu performants sont les résultats par contre de systèmes de formation défaillants, inadéquats ou simplement inexistant. Dans le cadre des jeunes joueurs, au vu de leurs performances il est difficile de ne pas remettre en question le  système t de  formation de nos jeunes athlètes.

La facilité nous suggèrerai t de remettre en question l’amateurisme de nos structures de gouvernance et le manque de moyens. Le manque de moyen est souvent évoqué pour expliquer les déficiences de notre sport et bien au-delà. C’est un fait indéniable que le sport béninois manque cruellement de moyens et cela n’est pas une donnée nouvelle. Sans vouloir être nostalgique, aucune génération d’athlètes béninois n’a bénéficié de moyens spéciaux à la base de leur engagement sportif. Les chaussures étaient rares, les clubs vivaient de cotisations et de dons de quelques individus, les terrains et les ballons étaient loin d’être les meilleurs. Mais il y avait ce que tout athlète qui atteint l’élite, possède, la passion. Pratiquer  un sport pour la génération de joueurs que j’ai côtoyés  et certains des jeunes que j’ai entraînés était avant tout une passion sans faille. Devenir professionnel n’était guère une  finalité mais devenir le meilleurjoueur possible, était la flamme qui nous animait et nous  portait sur les terrains plusieurs fois par semaine pendant l’année scolaire et deux fois par jour pendant les congés scolaires.  Cette passion a permis de combler la plupart des limites structurelles de notre sport.  Parler de passion n’est nullement  remettre en cause celle  des nouvelles générations. Il n’y a aucun doute que ces  jeunes que j’ai vus  a la télévision brûlaient  d’envie de jouer et n’ont jamais baissé les bras. Mais malheureusement pour eux la passion et la spontanéité ne sont plus des facteurs suffisants  de performance dans le basket contemporain. L’acquisition de compétences technique et tactiques dépassent la passion et la bonne volonté. Devenir un athlète compétitif nécessite  aujourd’hui des encadreurs compétents et des structures performantes.

Pour avoir été entraîneur de basket j’ai appris à mesurer l’importance de la compétence des encadreurs. Avoir été joueur est certes un avantage car on a en mémoire le travail fait soi-même avec d’autres entraîneurs et cela insuffle  une prédisposition à  la compréhension technique tactique du jeu. Mais être un entraîneur compètent, qui plus est, un bon formateur relève d’un savoir faire qui s’acquiert  par les formations, le renouvellement du savoir et l’expérience. On ne peut rêver d’un basket performant, quelle  que soit la catégorie  en faisant l’économie de la formation des encadreurs. Le Bénin a certes des encadreurs de qualité mais pas toujours au niveau des fondamentaux et encore moins en nombre très insuffisant. De par le structure historiquement élitiste de notre sport, former en  nombre n’a jamais été une donnée intégrée à l’approche de la pratique sportive. En effet on parle souvent de détection de talents à partir de petits nombres de pratiquants et surtout sans que la grande majorité de ses pratiquants aient eu l’opportunité d’être encadrée pour une acquisition d’un savoir-faire technique et tactique. Le succès de  l’élite de petites nations comme l’Islande tout récemment à  l’Euro 2016 et la Jamaïque dans les courses de vitesse montre que même avec des populations moins importantes le nombre et la qualité des encadreurs  sont primordiaux.. L’un des plus gros déficits du basket béninois et dans une certaine mesure  du basket africain est dans le nombre plutôt limité de formateurs de base qui instruisent les plus jeunes pour une pratique techniquement appropriée, efficace et performante d’un sport qui  ne peut se pratiquer à tous les coins de rue comme le football. Les formations d’entraîneurs et surtout les «clinics[1]» ont fait de moi un entraîneur de fondamentaux de basket que je n’aurais jamais été sans la formation de base et surtout la formation continue. Pour être performant, notre sport en général et surtout notre basket ne peut faire l’économie aujourd’hui de la planification de la formation des cadres de bases et de systèmes de formation continue. Il n’est nullement question ici de former des entraîneurs de NBA, mais des entraîneurs de jeunes qui peuvent enseigner les fondamentaux que sont le dribble, la passe, le shoot et les fondamentaux collectifs que sont les espaces, le jeux sans ballon, la contre-attaque et autres. Comme le football et bien d’autres sports de balle, le basket est un jeu de touché, technique et tactique ou la performance passe par un apprentissage précis du geste juste, un QI[2] tactique et un physique irréprochable. Cet apprentissage n’est envisageable que si des plans de formation de jeunes entraîneurs rompus à l’enseignement des fondamentaux sont mis sur pied par la fédération. Une telle planification nécessitera des ressources financières certes mais surtout une vision à moyen et long terme, de  l’engagement et de la créativité.  Il est évident que la fédération n’a certes pas de grands moyens. Mais elle a, pour ce que j’en sais, quelques cadres de qualité pour amorcer le mouvement et ne devrait pas non plus être laissée pour compte par le ministère des sports.

Un mouvement de formation de jeunes entraîneurs de fondamentaux quel que soit l’effort de la fédération va nécessiter un soutien fort du ministère des sports  par un apport financier mais aussi  surtout structurel. Une initiative d’envergure nationale ne peut s’envisager sans une participation active du ministère des sports et des directions régionales ou départementales. A défaut d’insuffler des politiques sportives innovatrices dans le sens d’une participation des jeunes et des moins jeunes à la pratique sportive il est de plus en plus indispensable  que le ministère en charge du sport ait une approche plus scientifique du développement du sport. Le tissu sportif national est effrité, fragmenté et en friche.  Les subventions aux fédérations pour organiser des championnats et l’hyper focalisation des ressources et de l’attention sur l’équipe nationale de football maintiennent une certaine apparence d’un Bénin sportif.  Mais si l’on considère  les infrastructures de compétition ou de proximité, le nombre de licenciés ou de pratiquants par discipline et le nombre d’encadreurs formés, l’état des lieux du sport béninois n’est pas des plus reluisants et donne matière à  réflexion. Les résultats de nos jeunes basketteurs à Kigali sans être un désastre est un puissant  indicateur de l’état du basket mais aussi du sport en général  au Bénin. Ces jeunes apprendront de leur séjour au Rwanda, reviendront au Bénin plus aguerris. La tentation sera de garder ce  groupe dans l’espoir d’une équipe nationale performante dans quelques années. Mais le message de leur  contre-performance n’est pas leurs résultats en tant que joueurs ou équipe mais ceux d’un basket qui a besoin d’évoluer vers des horizons mieux construits et planifiés.

Les ressources pour ce faire existent aussi bien localement qu’à l’extérieur avec la diaspora de joueurs en activité, d’anciens basketteurs et leurs réseaux de compétences.  Le défi  majeur réside dans la capacité à monter des  programmes de développement du basket essentiellement endogène et à mobiliser toutes les ressources nécessaires pour mettre en route la formation et la faire tenir dans la durée. Ce n’est   pas un défi simple mais il est surmontable à condition d’en avoir la vision avec  cette intelligence collective qui souvent, nous fait défaut.

[1]Clinic est un terme américain qui décrit un atelier ou un entraîneur vient présenter à ses collègues et aux jeunes entraîneurs son savoir-faire et sa philosophie sur des points techniques ou tactiques du jeu.

[2] QI, Coefficient Intellectuel, souvent utilisé pour expliquer la justesse choix technique et la vision d’un joueur.

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