Traduction de l’article ” What the World Cup tells us about ourselves publié le 17 juillet 2026 par ELEVEN NAME PEOPLE sur la plateforme Substack

À la veille de la finale, l’auteur, éminent spécialiste des politiques sportives africaines, propose une synthèse en six points des enseignements tirés de la Coupe du monde 2026.
Ce que la Coupe du monde nous révèle sur nous-mêmes À la veille de la finale, l’auteur, éminent spécialiste des politiques sportives africaines, propose une synthèse en six points des enseignements tirés de la Coupe du monde 2026.
Organisée en Amérique du Nord avec la participation de quarante-huit équipes, la Coupe du monde de la FIFA 2026 s’est déroulée sous le signe d’un paradoxe frappant : un événement sportif mondialisé traversé par des tensions géopolitiques, des inégalités structurelles et des formes persistantes de discrimination. Voici six enseignements, à la veille de la finale. Premièrement, le discours de l’unité s’est heurté aux réalités du pouvoir : « Le football unit le monde », proclamait le slogan affiché sur les brassards des capitaines sous l’égide de la FIFA, censé incarner un idéal universel de cohésion. Toutefois, cet adage a largement perdu sa force normative pour devenir une formule anesthésiante, qui émousse bien souvent l’esprit critique. Si le football peut parfois tenir cette promesse de rassembler des publics divers, de transcender les frontières et de créer des instants éphémères de communion collective, ces moments n’en restent pas moins fragiles. Lors de cette Coupe du monde, cet idéal s’est heurté à des réalités plus âpres. Le tournoi a mis en lumière les limites structurelles du football en tant que force unificatrice, révélant l’influence persistante du pouvoir, du capital et des formes, tant explicites que subtiles, de racisme structurel. L’événement, présenté comme un vecteur de diplomatie et de cohésion mondiale, a plutôt reflété des hiérarchies géopolitiques bien ancrées et des perceptions discriminatoires de « l’autre », souvent racisé comme Noir ou à la peau foncée, indépendamment de son statut ou de ses performances.

Deuxièmement, un événement festif vécu de manière inégale. Du point de vue des Suds globaux, le tournoi n’a pas été une célébration également accessible à tous. Cette Coupe du monde, organisée sous la présidence de Gianni Infantino et dans un contexte politique marqué par les États-Unis, a conjugué des moments d’excellence sportive et des incidents troublants. Des signalements de traitements discriminatoires – notamment l’accueil réservé à l’équipe sénégalaise, l’exclusion d’un arbitre somalien, l’humiliation de la sélection iranienne, ainsi que les obstacles administratifs et financiers auxquels les supporters ivoiriens et sénégalais ont été confrontés – témoignent d’inégalités structurelles. Ces dynamiques suggèrent que le tournoi n’a pas uni le monde, mais a plutôt renforcé des exclusions préexistantes, affectant en particulier les participants issus des Suds globaux.
Troisièmement, le silence institutionnel et la disparité des réactions face à ces problèmes. Les institutions africaines ont fait preuve d’un engagement limité face à ces abus. La Confédération africaine de football (CAF), l’Union africaine, l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique et d’autres instances panafricaines sont restées largement silencieuses. Du côté du complexe médiatique dominant mondial, des reportages et des dénonciations ont été diffusés. Ce contraste est toutefois saisissant au regard des vives réactions des médias occidentaux lors des tournois antérieurs, comme celui du Qatar en 2022, où les questions relatives aux droits des travailleurs et aux préoccupations environnementales avaient suscité une attention considérable. En 2026, en revanche, la défense globale des droits humains a semblé plus mesurée. Les intérêts économiques, les alignements géopolitiques et les dépendances institutionnelles ont apparemment pris le pas sur les engagements solidaires.

Quatrièmement, performances sportives et contraintes structurelles : malgré ces difficultés, les équipes africaines ont livré des prestations notables. Le Cap-Vert a dépassé les attentes, démontrant qu’une compétitivité est possible même avec des ressources limitées. Avec dix équipes participantes, l’Afrique a bénéficié d’une représentation sans précédent, neuf d’entre elles accédant au second tour. Si ce résultat reflète des progrès, il doit être contextualisé au regard du format élargi du tournoi. Pour la première fois, deux nations africaines ont atteint les quarts de finale, l’Égypte, le Maroc et le Cap-Vert s’imposant comme de solides représentants du continent. Ces succès confirment la présence croissante de l’Afrique dans le football mondial, tout en soulignant le chemin qu’il reste à parcourir pour atteindre le stade des demi-finales. Parallèlement, des problèmes récurrents liés à la gouvernance, à la préparation et à la gestion institutionnelle ont persisté, faisant écho aux lacunes observées lors des tournois précédents. Ces contraintes internes continuent de limiter le plein potentiel des équipes africaines.
Cinquièmement, contributions de la diaspora et questions structurelles : une grande partie des performances les plus compétitives a été portée par des joueurs issus de la diaspora africaine, dont les environnements de formation et professionnels ont rehaussé le niveau de jeu. Si ce phénomène constitue une source de fierté, il soulève également des interrogations critiques quant aux systèmes de formation nationaux. Le recours croissant aux joueurs de la diaspora pourrait traduire des déficiences structurelles des infrastructures de développement locales, plutôt qu’une dynamique purement complémentaire.
Enfin, et c’est le constat le plus accablant, ce que l’on pourrait qualifier de défaite politique et morale : alors que les footballeurs africains ont largement rempli leurs responsabilités sportives, le revers le plus significatif pour le continent fut d’ordre politique et institutionnel. Les organisations clés, notamment la CAF et l’Union africaine, n’ont pas su adopter une position collective en faveur de la dignité et de l’équité. Bien que les acteurs africains aient historiquement répondu présents en matière de justice et de liberté, l’absence de réaction coordonnée face aux discriminations à l’échelle mondiale est frappante.